Seul à faire cinq métiers : comment sortir de l'opérationnel quand on est le marketing à soi tout seul

Rémi L.

Responsable des contenus en rapport avec le marketing et la com’

Sortir de l'opérationnel quand on est seul à gérer tout le marketing d'une entreprise.

7 minutes de lecture

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En bref

  • Un généraliste ne franchit le seuil de compétence sur aucune de ses missions, parce qu'il en a cinq. C'est de l'arithmétique, pas un défaut de talent.
  • L'objection à désamorcer est « on a déjà quelqu'un pour ça » : votre existence même sert d'argument contre le fait de vous aider.
  • Déplacez la conversation du poste vers le temps. La question n'est pas « faut-il quelqu'un de plus » mais « est-ce le bon usage du temps de la personne qu'on a déjà ».
  • Votre crainte est fondée : un dispositif ne vous fera gagner du temps que si déposer une demande est plus rapide que la faire vous-même.

Il existe un poste très répandu et presque jamais décrit : celui de la personne qui, seule, tient la stratégie marketing, l'acquisition, le contenu, les réseaux sociaux, les supports commerciaux et la création graphique d'une entreprise. Elle porte des intitulés variés, chargée de communication, responsable marketing, parfois alternante, et elle partage une même expérience : des journées pleines, une charge qui ne redescend jamais, et le sentiment de ne faire correctement aucun des métiers qu'on lui demande. Cet article n'est pas un plaidoyer pour déléguer. C'est une tentative d'expliquer précisément pourquoi cette situation est structurellement intenable, et de donner les arguments concrets à ceux qui devront la faire évoluer sans avoir la main sur le budget.

Comment ce poste se crée, et pourquoi il est logique

Ce n'est pas une aberration d'organisation, c'est une étape de croissance parfaitement rationnelle. Une entreprise atteint un moment où ses besoins de communication deviennent réels : il faut un site tenu à jour, des supports commerciaux, une présence sociale, des campagnes. Ces besoins justifient largement une personne à temps plein. Ils ne justifient pas encore trois spécialistes.

On recrute donc un profil polyvalent, et on lui demande de couvrir l'ensemble. Souvent un profil junior ou une alternance, parce que le budget correspond à ce qu'on avait provisionné pour une fonction, pas pour un service. Cette personne accepte, parce que le poste est formateur et qu'elle aura une vue d'ensemble rare à ce stade de carrière.

Pendant un an, cela fonctionne. Puis l'entreprise grandit, les canaux se multiplient, les demandes des autres services arrivent, et le poste qui couvrait quatre métiers en couvre sept. La personne ne s'est pas mise à mal travailler : la charge a dépassé ce qu'un poste peut absorber, sans qu'aucune décision ne l'ait acté.

C'est important de le poser ainsi, parce que la lecture spontanée est différente. On se dit que la personne s'organise mal, ou qu'elle manque d'expérience, ou qu'un meilleur outil réglerait le problème. Ces explications sont fausses et elles font perdre un temps considérable à tout le monde.

Le seuil que le généraliste ne franchit jamais

Voici le mécanisme central, et il explique la frustration de ces postes bien mieux que la charge de travail elle-même.

Toute compétence s'acquiert par répétition. Il existe, dans chaque métier, un seuil de volume à partir duquel on cesse de chercher comment faire : les gestes deviennent automatiques, on anticipe les problèmes au lieu de les découvrir, et le temps d'exécution s'effondre. Un designer qui a produit trois cents visuels sociaux en fait un en vingt minutes ; quelqu'un qui en a produit quinze y passe deux heures et le résultat sera moins bon.

Quand la création graphique représente vingt pour cent d'un poste qui couvre aussi la stratégie, les campagnes payantes, le contenu et l'événementiel, la personne n'atteint jamais ce seuil. Ni sur le design, ni sur l'acquisition, ni sur le reste. Elle reste perpétuellement en phase d'apprentissage sur cinq métiers simultanément, et chaque tâche lui coûte le prix fort.

Ce n'est pas une question de talent, c'est une question d'arithmétique, et il faut le dire clairement parce que les personnes concernées l'interprètent presque toujours comme une insuffisance personnelle. Le même individu, concentré sur une seule de ces missions, franchirait le seuil en quelques mois et deviendrait excellent. C'est la répartition qui l'en empêche, pas ses capacités.

La conséquence pratique est brutale : plus le poste dure, moins la situation s'améliore. Un salarié spécialisé devient plus rapide chaque trimestre. Un généraliste multi-casquettes reste à peu près au même niveau d'efficacité pendant des années, parce qu'aucune de ses missions n'accumule assez de volume pour progresser.

Le coût invisible : le temps passé à ne pas décider

Il y a un second effet, moins visible et probablement plus coûteux pour l'entreprise.

Une personne seule au marketing passe l'essentiel de ses journées dans l'exécution : produire un visuel, programmer un envoi, mettre à jour une page, préparer un support pour un commercial. Ce travail est nécessaire et il occupe l'intégralité du temps disponible. Ce qui disparaît, c'est tout le reste : analyser ce qui fonctionne, arbitrer entre deux canaux, construire un plan à trois mois, challenger une demande qui n'a pas de sens.

L'entreprise a donc recruté quelqu'un pour piloter son marketing et obtient quelqu'un qui l'exécute. La différence ne se voit pas dans l'activité, qui est intense, mais elle se voit dans les résultats, qui plafonnent. Et personne ne fait le lien, parce que la personne travaille visiblement beaucoup.

Le rapport que nous voyons le plus souvent chez ces postes est de l'ordre de quatre-vingts pour cent d'exécution pour vingt pour cent de décision, alors que la valeur du poste réside précisément dans les vingt pour cent. Nous avons décomposé cette mécanique du côté de la coordination dans notre article sur le coût de coordination de la création graphique.

« On a déjà quelqu'un pour ça »

C'est la phrase qui bloque, et sa force vient de ce qu'elle est vraie. L'entreprise a effectivement quelqu'un. Le paradoxe est que l'existence de cette personne devient l'argument principal contre le fait de l'aider, ce qui enferme la situation : plus le poste est chargé, moins il paraît légitime de demander du renfort, puisqu'on a déjà payé pour la fonction.

La sortie ne consiste pas à démontrer que la personne est débordée, ce que tout le monde sait déjà et qui n'a jamais débloqué un budget. Elle consiste à déplacer la conversation du poste vers le temps.

La démarche tient en trois chiffres, et elle se prépare en une demi-journée.

Premier chiffre : la répartition réelle du temps. Pendant deux semaines, notez ce que vous faites par tranches de trente minutes, en cinq catégories seulement (stratégie, acquisition, contenu, création graphique, coordination). Ne cherchez pas la précision comptable, l'ordre de grandeur suffit. Vous obtiendrez une répartition que personne dans l'entreprise n'a jamais vue, et c'est le document le plus convaincant que vous puissiez produire.

Deuxième chiffre : le coût de la part graphique. Prenez le pourcentage de temps consacré à la production graphique et appliquez-le à votre coût employeur complet. Si vous y passez un tiers de vos journées, l'entreprise finance déjà un tiers de poste de designer, sans en avoir décidé et sans en avoir la compétence.

Troisième chiffre : ce que ferait ce même temps ailleurs. Estimez ce que vous produiriez si ce tiers repartait vers la stratégie, l'analyse ou l'acquisition. C'est un chiffre discutable, et c'est précisément l'intérêt : il ouvre une discussion sur l'allocation plutôt que sur le budget.

Présentée ainsi, la demande change de nature. Vous ne demandez plus une ressource supplémentaire, vous proposez de réaffecter un tiers de poste déjà financé vers ce pour quoi il a été créé. C'est un arbitrage, pas une dépense, et un dirigeant le reçoit très différemment.

Votre crainte est fondée, et il faut la traiter

Il y a une objection que les personnes dans cette situation formulent rarement à voix haute, et qui est pourtant la plus rationnelle de toutes : déléguer risque de me coûter plus de temps que ça ne m'en rend.

Cette crainte n'a rien d'irrationnel, elle repose sur l'expérience. Rédiger un brief complet, retrouver les bons fichiers, expliquer le contexte, attendre, relire, formuler des retours, attendre encore : sur une bannière qu'on aurait bricolée en quarante minutes, le détour peut effectivement coûter davantage. Quelqu'un qui est déjà noyé n'a pas la marge pour financer une transition qui empire sa situation pendant deux mois.

Le critère de décision est donc unique, et il élimine la plupart des dispositifs : déposer une demande doit être plus rapide que la réaliser soi-même. Pas légèrement plus rapide, franchement plus rapide, parce que la personne arbitrera à chaud, un mardi après-midi, entre ouvrir un outil et faire elle-même. Si le dispositif perd cet arbitrage, il sera contourné, et il aura mérité de l'être.

Trois conditions rendent ce test passable. Le brief doit pouvoir être imparfait : si le dispositif exige un cahier des charges, il est disqualifié pour ce profil. La marque doit être mémorisée quelque part, pour qu'on ne réexplique pas le contexte à chaque demande. Et il ne doit pas y avoir d'intermédiaire qui relaie les messages, chaque relais ajoutant un aller-retour dont la personne n'a pas le temps.

Le corollaire, moins agréable à entendre : un dispositif qui échoue à ce test n'est pas un mauvais choix de prestataire, c'est un mauvais choix de format. Changer de fournisseur ne réglera rien.

Que déléguer en premier

La ligne de partage n'est pas la difficulté du travail, contrairement à ce qu'on suppose spontanément. C'est la répétition.

Confiez à l'extérieur ce qui revient régulièrement et ne demande aucun arbitrage stratégique : déclinaisons de formats, visuels sociaux, mises à jour de supports commerciaux, présentations, adaptations multilingues. Ces tâches sont exigeantes sur l'exécution mais elles ne réclament pas votre connaissance du contexte, et ce sont elles qui consomment le plus de vos heures.

Gardez ce qui suppose de décider : les messages, les priorités, l'arbitrage entre deux canaux, la validation de ce qui sort. Ce sont vos vingt pour cent, et ils ne se délèguent pas.

Commencez par une seule famille, la plus volumineuse. Deux raisons à cela. Vous obtenez une démonstration en quelques semaines sur un périmètre où une difficulté ne met rien en péril. Et vous vous constituez un précédent chiffré, qui rendra la deuxième délégation beaucoup plus simple à faire accepter que la première.

Où se situe une capacité créative externe

Nous vendons précisément ce dont parle cette section, autant que vous le sachiez en la lisant. Heysimon opère une capacité créative en abonnement à coût mensuel fixe, et ce profil est l'un de ceux pour lesquels le modèle a été pensé.

Sur le test énoncé plus haut, voici nos réponses concrètes. Le brief est guidé et prend moins de cinq minutes, et il accepte d'être imparfait : vous donnez ce que vous avez, un texte tapé à la volée, un document, une capture d'écran. Le profil de marque conserve vos chartes, vos assets et l'historique de vos demandes, donc le contexte ne se réexplique pas. Et l'échange se fait en direct avec votre designer, sans chef de projet qui relaie. L'abonnement démarre à partir de 990 € HT par mois, avec une cadence ajustable et une pause possible.

Pour la conversation budgétaire que vous aurez à mener, un ordre de grandeur utile : ce montant est à comparer au coût employeur de la part de votre temps aujourd'hui consacrée à la production graphique, pas à un budget supplémentaire. C'est le seul cadrage qui rende l'arbitrage lisible pour une direction.

Et pour être honnête sur les limites : si votre besoin graphique est réellement faible, disons moins de deux ou trois pièces par mois, financer une capacité continue n'a pas de sens et un indépendant coûtera moins cher. Si votre difficulté vient d'une absence de priorités plutôt que d'un manque de temps, aucun dispositif ne la résoudra : vous exécuterez simplement plus vite des choses qui ne servent à rien. Et si votre entreprise a atteint le volume qui remplit les journées d'un designer à temps plein, le recrutement redevient le mode le plus efficace.

Commencez par les deux semaines de relevé. C'est peu de travail, personne dans votre entreprise n'a jamais vu ce chiffre, et il change la nature de la conversation que vous aurez ensuite. Réservez un appel avec Heysimon si vous voulez préparer cet arbitrage à deux : nous vous dirons franchement si votre situation appelle un renfort externe, un recrutement, ou simplement moins de demandes.

FAQ : être seul à gérer tout le marketing

Comment s'en sortir quand on est seul à gérer tout le marketing ?

En cessant de chercher à mieux s'organiser et en commençant par mesurer la répartition réelle de son temps entre ses différentes missions. Un poste qui couvre la stratégie, l'acquisition, le contenu et la création graphique ne souffre pas d'un problème de méthode : il souffre d'une addition de métiers. Aucune amélioration de process ne compense le fait qu'une personne ne peut pas atteindre un bon niveau sur cinq spécialités simultanément.

Pourquoi un généraliste ne devient-il jamais vraiment bon en design ?

Parce que la compétence s'acquiert par répétition et qu'il faut un certain volume pour franchir le seuil où l'on cesse de chercher comment faire. Quand la création graphique représente 20 % d'un poste, la personne n'atteint jamais ce volume : elle reste perpétuellement en phase d'apprentissage sur chacune de ses missions. Ce n'est pas une question de talent, c'est une question d'arithmétique.

Comment répondre à « on a déjà quelqu'un pour ça » ?

En déplaçant la conversation du poste vers le temps. Chiffrez ce que la personne consacre réellement à la production graphique, multipliez par son coût horaire chargé, et comparez ce montant à celui d'une capacité externe équivalente. La question n'est plus « faut-il quelqu'un de plus ? » mais « est-ce le bon usage du temps de la personne qu'on a déjà ? ». Formulé ainsi, l'arbitrage devient un calcul plutôt qu'une demande de budget supplémentaire.

Déléguer sa production graphique ne va-t-il pas me coûter plus de temps ?

C'est le risque réel, et la crainte est justifiée : beaucoup de dispositifs exigent des briefs longs, des allers-retours et une coordination qui dépassent le temps qu'on aurait passé à faire soi-même. Le critère de décision est simple : déposer une demande doit être plus rapide que la réaliser. Si ce n'est pas le cas, le dispositif sera contourné, et il aura raison de l'être.

Que faut-il déléguer en premier quand on est seul au marketing ?

Ce qui est à la fois répétitif, chronophage et sans arbitrage stratégique : déclinaisons de formats, visuels sociaux, mises à jour de supports commerciaux, présentations. Gardez ce qui demande votre connaissance du contexte ou une décision, c'est-à-dire la stratégie, les messages et les arbitrages de priorité. La bonne ligne de partage n'est pas la difficulté mais la répétition.

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